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Avec ses deux associés, Victorien, 25 ans, fait revivre une maison de parfums oubliée depuis plus de 70 ans

Victorien, 25 ans
Parfumeur et entrepreneur
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Passionnés par les parfums vintage, Victorien et ses associés ont relancé Maison Violet, une marque tombée dans l'oubli, et traquent le succès dans son sillage.

En 2012, dès sa 1re année d’études à l’ESP (École supérieure du parfum), basée à Paris, Victorien, originaire de Lille, a eu la chance de rencontrer les « bonnes personnes », ses futurs associés en l’occurrence. Ce qui rassemble Paul Richardot, Anthony Toulemonde et Victorien Sirot ? L’amour des parfums vintage et l’envie d’entreprendre. 

Maison Violet, une marque endormie depuis 1950

« On s’est tout de suite réunis autour de l’envie de ressusciter une marque ancienne. Ça a du charme, une histoire, et bien souvent, les formules créées dans le passé sont en avance sur leur époque et apparaissent donc modernes quand on les retravaille ! Tout au long de notre cursus, on allait régulièrement à l’Osmothèque, le conservatoire national des parfums,  sentir des fragrances oubliées. Fin 2015, en faisant des recherches sur les maisons de parfums disparues, on a découvert ce nom, “Maison Violet” sur Internet. Ça a fait tilt, alors on a poursuivi nos recherches dans un catalogue de la BNF et on a pu consulter l’incroyable patrimoine de cette entreprise, qui fournissait l’impératrice Eugénie et était l’égale de Guerlain au XIXe siècle, puis s’est “endormie” dans les années 1950 », s’enthousiasme Victorien. 

Garder l’ADN et dépoussiérer les formules

Les jeunes gens découvrent alors qu’un fonds d’investissement a déposé la marque. Ensemble, ils contactent des avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle pour estimer sa valeur. Grâce à un business angel qui finance leur projet à hauteur de 40 %, et à leurs économies, ils parviennent à réunir 100 000 €. « Avec 10 000 €, on a commencé par racheter la marque, le droit d’exploitation et le nom de domaine, en janvier 2016, puis, en avril, on a créé notre boîte », raconte Victorien. Aidés par la parfumeuse Nathalie Lorson, de chez Firmenich, qu’ils ont connue lors de ses interventions à l’ESP, les entrepreneurs recréent collégialement les 3 best-sellers oubliés de la Maison Violet en dépoussiérant les formules mais en gardant leurs noms d’époque. Les flacons de verre, hors de prix, leur sont fournis par un revendeur de Porchet, le grand spécialiste français du flaconnage, au « compte-gouttes » si l’on peut dire ! 

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Faire preuve de réalisme financier

En 2017, ils ouvrent une boutique munie d’un orgue à parfums dans le centre de Paris, avec l’esprit des « salons de parfums » sur mesure des siècles passés, et en profitent pour y faire leur stage de fin d’études. Leurs créations « de niche » séduisent, mais l’affaire n’est pas rentable : « 145 € les 75 millilitres, il faut en vendre beaucoup pour s’en sortir, même si on est moins chers que plein d’autres marques, analyse Victorien. On a vite abandonné le showroom pour se lancer dans la recherche de distributeurs, en France et à l’international. Bien sûr, on fonctionne beaucoup avec notre site Internet. On a aujourd’hui plus de 25 retailers dans toute l’Europe, et même un aux États-Unis, mais on ne peut toujours pas se payer : en ce qui me concerne, je travaille dans la distribution alimentaire pour vivre. » 

Nouveau souffle avec le Moovjee

En janvier 2019, nouveau souffle pour la Maison Violet, grâce à un dossier déposé au Moovjee. Retenus parmi les 5 finalistes du prix, Victorien et ses associés accélèrent leur développement, au fil des rencontres et des dialogues avec d’autres jeunes entrepreneurs : « On a appris de nos erreurs et compris à quel point on avait perdu du temps en étant peu ou mal accompagnés. L’industrie du parfum est un secteur particulièrement complexe et inaccessible. Le Moovjee est un accélérateur d’idées formidable, et un socle solide pour organiser des levées de fonds très utiles dans notre cas », conclut Victorien. Désormais occupé à digitaliser sa marque vintage, le trio n’en finit plus de humer l’air du temps. 

  

Aller plus loin...

Culte de la nostalgie, subtile alliance de l'héritage et de la modernité, art du story-telling... La relance d'une "belle endormie" est une stratégie de marque de plus en plus courante. 

Pour en savoir plus sur les techniques de réanimation  de marque,  rendez-vous ici !

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Auteur
Nathalie Helal, Kangae