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Sa balance connectée sauve la vie des abeilles

Jérôme, 21 ans
Fondateur de Bee2Beep
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Jérôme Clerjeau
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Bee2Beep
C’est la reprise d'un ancien projet de lycée qui a conduit Jérôme Clerjeau, 21 ans, à développer et à commercialiser une balance connectée destinée aux abeilles. Aujourd’hui, Bee2beep, innovation phare du Salon Made in France 2018, est sur le point de faire son miel.

Jérôme n’était encore qu’élève de terminale à Niort, en STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable), quand tout a commencé. En 2015, un prof de son lycée, passionné d’apiculture, souffle à un groupe d’élèves dont il fait partie l’idée d’un projet à présenter au bac. Il s’agit de créer une balance connectée, permettant de renseigner à distance sur le bon fonctionnement de la ruche : « Les abeilles vivent dans la partie inférieure de la ruche et y stockent leur propre nourriture, à laquelle l’apiculteur ne touche jamais. Ce qu’on va regarder, c’est à quelle vitesse les abeilles la consomment, pour éviter qu’elles ne souffrent d’un manque et qu’on puisse les nourrir pour compenser s’il le faut, dans le but de conserver un essaim performant et en bonne santé », explique le jeune homme. Le projet s’avère plus compliqué que prévu... le prototype n’est pas au point. Le groupe de travail se disperse, Jérôme de son côté intègre l’ICAM, une école d'ingénieurs à La Roche-sur-Yon. Comme sa vie étudiante lui laisse plus de temps libre que prévu, il décide de reprendre le projet à zéro courant 2016.

Du prototype au prix Pépite

Les parties électroniques et mécaniques, il les bricole tout seul, dans le garage maternel, et redessine l’ensemble. Un an et demi plus tard, grâce à de l’argent emprunté à ses grands-parents, il réussit à faire fabriquer 7 prototypes, et se rapproche du syndicat L’Abeille des Deux-Sèvres pour présenter son projet et le faire tester durant l’été.  Au départ, il s'agit d'une balance à piles et à rechargement solaire, avec un fonctionnement aléatoire. La CCI de Niort lui explique comment protéger son innovation auprès de l’INPI, grâce à un dépôt de dessin et modèle à moindre coût. « En 2018, j’étais arrivé au point mort, parce que j’avais besoin d’argent pour développer le projet et passer à l’étape de commercialisation », se souvient-il.  Deux chèques, pour un montant total de 11 000 euros, attribués par le « Pépite challenge » régional et le « Pépite tremplin » national, assortis d’un statut d’étudiant-entrepreneur lui permettent de souffler un peu et de rembourser une partie de ses investissements.

L'invention qui fait le buzz

C'est alors que tout s'accélère : « Le fait d’avoir remporté des prix lors de ces concours m’a fait repérer par le magazine Capital, qui m’a consacré un papier. Suite à ça, Frédéric Timbert, pdg de Timber, un pro du pesage, m’a contacté », confie Jérôme. Le chef d’entreprise fabrique depuis près de 30 ans des balances de précision. Une collaboration à distance s’engage, et Jérôme reçoit une balance pour procéder à des essais d’adaptation avec son projet connecté. Problème : l’électronique bloque. Timber met 80 000 euros sur la table et engage des sous-traitants, pros de la R&D. La balance est retravaillée avec des dimensions adaptées à la ruche, des informaticiens finalisent l’interface ainsi que la partie web. En novembre 2018, la balance est enfin fonctionnelle.

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Frédéric Timbert et Jérôme Clerjeau
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Frédéric Timbert et Jérôme Clerjeau
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Le financement participatif pour essaimer

Le Salon du Made in France 2018, où elle est présentée, s’enthousiasme pour la balance, qui vient d’obtenir la prestigieuse certification « Origine France Garantie ». « Aujourd’hui, je suis l’un des membres d’une société co-fondée avec Frédéric Timbert et des informaticiens, basée en Seine-et-Marne. Le produit est sur la rampe de lancement d’Ulule, où nous allons essayer de récolter un max de précommandes. J’ai quitté l’école avec un BTS de Conception et réalisation de systèmes automatiques, suivi d’une licence d’entrepreneuriat et management à la fac de Niort, dont je serai bientôt diplômé. En attendant, je travaille en alternance dans un cabinet de conseil informatique », sourit Jérôme. Son but : se rémunérer bientôt grâce à son projet. Son conseil : « S’accrocher, y croire, aller au bout, et se méfier des personnes malintentionnées qui veulent dénicher la perle rare des start-up ! »

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Auteur
Nathalie Helal, Kangae

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